vendredi 11 janvier 2008

INTO THE WILD de Sean Penn

Comme vous pouvez le constater, le bus est vide, délaissé par un fou qui s'est vite taillé, barbé par tout ce froid et tout ce grand vide montagnard.


Je pourrais dire que le film est vide comme le bus (ça serait trop facile, mais en même temps je viens de le dire, non?)
Allez tous voir ou revoir OLD JOY !
Je passe maintenant, grand bousilleur que je suis, à la critique du film.
............ ...........(les petits points précédents représentent la bande son country du film à laquelle il faut rendre l'hommage d'avoir flingué une partie du film, en raison de son insistance et de sa présence lors de moments où le silence et la respiration s'imposaient)
****** ******(les petites étoiles précédentes représentent toute la panoplie d' effets de style utilisée par penn auxquels il faut rendre l'hommage d'avoir flingué le film (et penn, en tant que réalisateur, par la même occasion)
Et puis l'histoire? l'histoire est belle, il n'y a pas à dire, mais elle est massacrée.
Viens le moment d'une grande réflexion : pourquoi le jeune Alexandersupertramp n'avait-t-il pas d'appareil photo dans le film (puisque je vous le rappelle, on a retrouvé une photo que le jeune McCandless s'est tiré lors de son ermitage dans le Magicbus? Ce n'est pas une question sans importance. Tout d'abord il a gardé son appareil photo alors qu'il souhaitait se libérer de toutes les contingences du monde matériel; ou alors c'est un journaliste qui a eu vent de la quête du jeune, qui a traversé montagnes et fleuves pour le retrouver et l'interviewer, qui a fait quelques photos et lui en a offert une, et puis qui sous l'effet de quelque hallucinogène (ou de trop d'oxygène) l'a tué, par mégarde ou par honnêteté intellectuelle. Le jeune supertramp peut aussi avoir trouvé dans le bus un vieux polaroid avec une seule photo, et là il a choisi de se tirer le portrait avec le bus derrière, non pas les montagnes, non pas la nature, non pas lui dans la nature, mais seulement lui plein cadre. Encore heureux qu'il n'ait pas posé dans une attitude extatique les bras en croix.

Le film ne laissera transparaître que très peu de choses sur ce qui motive obscurément la fuite du jeune homme et sur les risques qu'il prend. Je n'ai rien contre l'opacité des personnages, mais je trouve qu'ici cela dessert l'histoire. Il y a tout le charabia sur la fausseté dans la famille, la déshumanisation de la société et les bons sentiments, il y a toutes les rencontres dont on ne saisit pas vraiment le tournant qu'elles lui procurent, le jeune homme n'aime rien d'autre qu'éprouver la perte qu'il déclenche chez ceux qu'il côtoie.
donc le film recherche à mettre en place une certaine ambigüité sur les intentions de McCandless, sur son obsession de la perte dans la nature, sur ses doutes quant à sa résistance, sur ses retournements le menant à vouloir retrouver la société et puis ses revirements devant ce qu'elle a d'atroce. Là le film n'est pas mauvais, mais il ne laisse pas vraiment exister son personnage et ses complexités en l'empêtrant dans des poses.

note : 3,5/10

LE DAHLIA NOIR de Brian de Palma

Il m'est difficile d'écrire sur un film qui m'a glissé dessus, je n'ai pu retenir que quelques sensations fugaces et fragiles de beauté glacée, et ce qui m'a le plus plu sont les passages en noir et blanc montrant les bouts d'essai du casting d'Élisabeth Short. Je ne trouve pas que le film soit fascinant parce que tout me paraît distillé, comme s'il n'y avait plus vraiment d'enjeu. Le film, même si proche du livre (avec tout de même de nombreuses variations), ne transpire pas. J'ai l'impression que tout est bloqué par la reprise du style et des obsessions de dePalma. En même temps, et a posteriori (parce que pendant le film, j'ai senti que tout était embrouillé et lourd) il est vrai que le film possède une aura particulière, notamment grâce à la photo grisâtrement brillante. Mais à trop vouloir délivrer d'informations, en frôlant la caricature avec certains personnages ( la mère sprague), en voulant à tout prix retrouver le style hollywoodien des années 40, en laissant un peu trop de côté l'obsession l'horreur et le caniveau, le film a sombré dans des limbes suspendues entre l'envers du décor et la réalité, c'est-à-dire qu'il n'est resté que sur le reflet du miroir. Miroir, ô mon beau miroir, dis moi qui est la plus belle dans le royaume? C'est toi recousant à l'infini une fille coupée en deux, mais qui la recoupera, dis?

note : 3,5/10

(à noter, voir le site de brice dellsperger et un de ses petits films, Brice Dellsperger « Body double # 23 Trailer ».
http://www.bricedellsperger.com)